vendredi 11 décembre 2015

Marine, Marion, Florian et les autres

Le Provence était mauve comme un arpent de lavande se languissant au soleil, le Nord-Pas-de-Calais gris comme un terril noyé par l’averse, voici les deux régions blondes comme les blés. Le sud de la France était bleu Estrosi, le nord rouge Aubry, les voilà bleu marine. Si la victoire des Lepen tante et nièce est compromise dans leurs régions respectives, en raison du front républicain, sorte de contre-Front pour « gens biens », l’avenir semble néanmoins leur appartenir.

Comme un symbole, dimanche dernier, les costumes bleu marine et impeccablement taillés de David Pujadas et de Laurent Delahousse étaient assortis aux résultats du scrutin. A l’annonce de ceux-ci, alors que la bienséance démocratique eut exigé de ma part stupeur et tremblements, j’avoue ne pas avoir esquissé le moindre mouvement d’humeur. Ni sursaut d’angoisse, car on ne me la fait plus, depuis les parades « antifascistes » de 2002 lorsque le patriarche du clan s’était hissé, contre toute attente, au second tour de la présidentielle. Ni bonds de joie en voyant le sourire carnassier de la madone et le minois espiègle de la benjamine s’affirmer davantage qu’à l’accoutumée.

Car, après tout, quand on défend les peuples souverains, la moindre des élégances est d’éviter de trop se « mêler des affaires d’autrui ». On peut difficilement reprocher au Monde de venir fouiller dans nos errances, discourtoisie dont le quotidien vespéral se rendit coupable dans la foulée des attentats ayant ensanglanté la capitale française en novembre dernier, et ensuite dispenser soi-même des commentaires sur la patrie voisine. Ensuite, pour être honnête,  je trouve Marine trop grossière, trop « Donald Trump », quand elle s’en prend aux journalistes ou à ses adversaires politiques. Et puis, si j’avais été français, j’aurais probablement glissé dans l’urne un bulletin marqué Dupont-Aignan.

Je dois pourtant concéder que le vilain garnement politique que je suis s’est beaucoup amusé, dimanche dernier, en voyant les têtes déconfites et les mines patibulaires des représentants des partis traditionnels ne sachant plus à quel saint se vouer pour justifier leur défaite et qui fouillèrent donc dans leur traditionnelle boîte à outil pour attaquer leur adversaire : diabolisation, insultes, reductio ad daeshum – variante moderne de la reductio ad hitlerum. Je reconnais aussi m’être gaussé de lire, dans la foulée, les innombrables argumentaires –dites « éléments de langage »- anti-FN dégorgeant leur mauvaise foi et parfois leurs contre-vérités.

Le FN donc ne serait ni crédible économiquement, ni apte à diriger une région et, partant de là, le pays, dixit les responsables politiques qui ont échoué à tous les niveaux de pouvoir, depuis plusieurs décennies, en imposant une mondialisation débridée qui délocalise et propage la misère. Le FN ne serait pas non plus républicain : étonnant quand l’on sait que cette formation autrefois contre-révolutionnaire a abandonné Bonald et De Maistre pour endosser la cause de la République qu’elle défend aujourd’hui avec plus de ferveur et de cohérence que les auto-proclamés républicains, notamment en matière de laïcité ou d’assimilation.

Le FN serait par contre pétainiste. Laissez-moi rire. Dans le parti, Florian Philippot est l’idéologue, l’intellectuel, l’homme des plateaux télévisés. Un peu le « gauchiste » de service aussi, puisque le vice-président du parti est passé par la case chevènementiste avant d’échouer chez les Lepen. Il se fait que ma seule rencontre avec cet homme au demeurant sympathique, qui a mon âge, plus deux mois, eut lieu à Colombey-les-Deux-Eglises, face aux paysages de la France éternelle, entre les chênes et les hêtres, à quelques encablures du cimetière abritant la modeste tombe du Général de Gaulle. Drôle d’endroit pour croiser un prétendu pétainiste.

La diabolisation en politique est une arme qui, jamais, n’a vraiment fonctionné car elle est un aveu de sa propre incapacité à changer le quotidien et de ses faiblesses face à l’adversaire politique. Pour les partis traditionnels, l’hypothétique victoire de dimanche sera « à la Pyrrhus », du nom de ce roi d’Epire qui défit les Romains, mais qui perdit trop d’hommes dans la bataille que pour célébrer son triomphe. Car les Républicains et le PS ont d’ores et déjà perdu la partie. Ils ne changeront jamais de cap et entraîneront toujours un peu plus leur pays dans le mur. Pour eux, il est trop tard.

Pour Marine, Marion et Florian, il est probablement encore trop tôt. Les prochaines joutes électorales les verront approcher toujours plus du pouvoir : si 2017 semble prématuré pour Marine, 2022 pourrait sonner son heure de gloire. En cas d’échec, Marion, belle comme Marianne, est prête à prendre le relai.

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