jeudi 30 juin 2016

Fascistes, nous ?

Dans nos sociétés, il est deux accusations qui vous excluent du corps social et dont vous ne vous relevez jamais totalement : celle vous désignant comme un pervers sexuel d’une part, celle vous cataloguant parmi les extrémistes de droite de l’autre. Si, pendant plusieurs décennies, jusqu’à l’affaire Dutroux, il s’est trouvé de sombres libertaires, comme Daniel Cohn-Bendit, pour défendre l’odieux crime moral qu’est la pédophilie, et si, jusqu’à DSK, les libidineux ont pu donner libre cours à leurs fantasmes sous couvert de libération sexuelle, il ne s’est pas trouvé beaucoup d’individus pour se déclarer d’extrême droite.

Selon la hiérarchisation des vices, il vaut désormais mieux être un voyou injustement perverti par la société voire un terroriste n’ayant pas compris le message d’amour véhiculé par sa religion forcément tolérante –sauf s’il s’agit de christianisme- que voir planer sur soi le soupçon de fascisme, ce terme que la bien-pensance utilise tout à trac pour qualifier les opinions qu’elle abhorre. Elle applique ainsi l’aphorisme apocryphe, injustement attribué à Staline, mais peut-être réellement prononcé par un certain Dmitri Manouilsky : « accusez vos adversaires de fascisme, le temps qu’ils se justifient, vous avez tout le loisir de leur porter de nouvelles attaques. »


Relèvent donc du fascisme –au hasard, tant la liste est longue-, le Brexit, la moindre réticence émise sur les politiques immigrationnistes –opinion qui ne relève pourtant pas du racisme qui, lui, est bel et bien abject-, le mariage traditionnel, la patrie, le souverainisme. Le problème, dans une démocratie, survient lorsque le débat est cadenassé à mesure que tout ce qui ne va pas dans le sens de l’universalisme, de la suppression des frontières géographiques et morales, de la permissivité, de la religion climatique, et de tout le reste, sont dégradés du rang d’opinion à celui de crime de la pensée.

Les adeptes de la reductio ad hitlerum et du point-Godwin sont ainsi les premiers à adopter des comportements fascistes : leur manie à imposer leur grille de lecture est digne des pratiques des dictatures, leur soumission à des régimes totalitaires et des courants intégristes rappelle furieusement l’esprit de Munich et la collaboration, leur comportement emporté singe celui des pires despotes de l’histoire (souvenons-nous de l’attitude de Laurette Onkelinx lors de la « Joyeuse entrée » des ministres N-VA). Il en même pour prétendre que la victoire du Brexit serait illégitime car portée par les plus âgés, les ouvriers et les gens des campagnes : faudrait-il donc, en conclure, que certains souhaiteraient déroger à la sacro-sainte règle accordant, en démocratie, un vote par homme ?

A l’inverse, les brebis égarées de la pensée se comportent pour la plupart on ne peut plus dignement et dans le respect des préceptes sacrés de la démocratie. On n’a pas vu beaucoup de partisans du Brexit taxer leurs adversaires de tous les maux du monde alors qu’ils ont eux-mêmes dû subir de nombreuses insultes et accusations, ou de défenseurs de la famille traditionnelle tout casser lors de la Manif pour tous alors que les militants de Nuit debout n’ont laissé que ruines sur leur passage, ou enfin de patriotes insulter, menacer ou diffamer.

L’allégeance symbolique à la bien-pensance, dans laquelle on entre comme dans les ordres, voire une secte, profère deux avantages non négligeables à celui qui s’en réclame : celui, tout d’abord, d’avoir accès au pouvoir dont elle est le passe d’entrée et de s’y maintenir malgré les peuples ; celui, ensuite, de pouvoir se défausser de toutes les règles de courtoisie, de civisme et d’élégance en société (pendant longtemps, Denis Baupin a fait passer le harcèlement sexuel dont il se rendait coupable pour du badinage), mais aussi de l’obligation de servir celle-ci par son travail, la défense de ses valeurs ou la connaissance de sa culture -il m’amuse toujours de voir les opposants au Brexit briller par leur manque de connaissances sur l’Europe et la culture de ses peuples.

Les vrais démocrates, gentilshommes, gens bien élevés et épris de liberté, du moins celle de penser, se trouvent aujourd’hui majoritairement dans le camp des bannis, comme ils se trouvaient autrefois à lutter contre le régime soviétique. Le dernier chic est d’ailleurs désormais de se pavaner en ville, et bientôt dans les dîners mondains, en affichant la nation en cocarde et le patriotisme en bandoulière. Le risque néanmoins est double : voir le patriotisme se boboïser et, pire encore, parce que ce sera tendance, les bobos devenir faussement patriotes –il faudra rappeler à ces derniers que le patriotisme ne consiste pas à soutenir les apatrides formant les équipes nationales à l’Euro de foutebôle.

1 commentaire:

  1. Cher Monsieur,

    J'approuve totalement l'argument de votre article.
    Laissez-moi évoquer pour vous le cas du colonel de La Rocque, créateur du Pari Social Français (le plus grand parti de la "Droite Sociale", avec ses 1 200 000 adhérents, et dont mon père fut très proche) que beaucoup de Français se risquent à qualifier de fasciste (alors que celui-ci fut réhabilité par André Malraux grâce aux travaux de l'Ecole historique américaine), et qui peuvent donc être poursuivi en Justice...
    Le paradoxe justement est qu'il contribua, d’une manière décisive, à éviter à la France l’aventure d’un régime fasciste !
    « … Participant à la manifestation du 6 février 1934, les Croix de Feu s’abstiennent sur instructions de La Rocque, soucieux du respect de la légalité républicaine, de forcer l’entrée du Palais Bourbon et ne se mêlent pas à l’émeute de la Place de la Concorde… ».
    (Source : Fondation Sciences-Po)
    Mais il faut dire qu’il avait contre lui les gaullistes (pour avoir créer son propre réseau intérieur de résistance), les pétainistes pour s’en être dissocié après la poignée de main de Pétain à Hitler, les socialo-communistes pour avoir marché sur leurs plates-bandes par les actions sociales qu’il promouvait et enfin les nazis qui n’hésitèrent pas à l’envoyer dans un camp de concentration…
    Vous voyez pour corroborer votre écrit : rien n’a vraiment changé !

    Et vive la Belgique libre et royaliste, chère à mon cœur.

    Patrick Verro

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