mercredi 19 septembre 2018

Rompre avec le populisme pour renouer avec l'excellence

Je me souviens avoir répété à l’envi, lors de métingues jalonnant mon temps en politique, que si être populiste signifiait se pencher sur les problèmes des gens –des vraies gens, insistai-je alors -, anticiper les défis que rencontreraient les générations futures, ou, plus simplement, être proche du peuple – quoi que j’ai toujours considéré que ce concept fût trop abstrait -, assumer le terme relevait de l’essence de l’engagement au cœur d’une démocratie représentative.
Historiquement, le populisme tire ses racines dans certains nobles combats, notamment ceux menés par les agriculteurs et ouvriers américains contre les tarifs prohibitifs qu’ils se voyaient appliquer, par la Russie rurale en résistance contre l’empereur ou par le péronisme argentin. Ce qui ne gâche rien pour tout amoureux de belles lettres, il doit également sa noblesse au courant littéraire populiste – il existe encore un prix du roman populiste, décerné chaque année, au palmarès duquel figurent entre autres Jules Romain, Henri Troyat et Denis Tillinac.


Le populisme est donc auguste quand il ambitionne de défendre les peuples contre leurs oppresseurs, les sans-grade contre les tout-puissants, les victimes contre leurs bourreaux, les sédentaires contre les nomades et doit être défendu lorsqu’il agit contre les fractures sociales, sociologiques et identitaires, quand il prend cause pour l’héritage et la tradition contre la modernité vulgaire ou quand il élève l’être dans sa dignité contre la technologisation du monde. 
Seulement, les expériences démontrent qu’il sombre le plus souvent dans la démagogie et n’est dès lors en mesure d’offrir la moindre solution. Dans ce cas, il insulte l’intelligence des hommes en flattant leurs bas instincts et en les maintenant dans l’assistanat. C’est le cas notamment lorsqu’il laisse accroire que l’âge de la retraite sera avancé plutôt que reculé alors que l’espérance de vie ne cesse de croître, que le salaire minimum sera revalorisé au-delà de tout bon sens économique ou que l’arrêt de l’immigration, quoi que préalable indispensable dans le cadre d’une politique de sauvegarde civilisationniste, réglerait tous les problèmes en un coup de baguette magique.
Le populisme n’est alors que le décalque des programmes gouvernementaux qui soignent les plaies causées par leurs politiques en créant des emplois publics, en distribuant des logements sociaux, en soignant des communautés comme étant autant de clientèles, en multipliant les allocations et en laissant filer la dette publique – conséquence paroxystique du populisme gouvernemental. 
Souvenons-nous maintenant d’Aristophane dans Les cavaliers : « Ô Démos, qu’il est beau ton empire. Rien n’est plus facile que de te mener par le bout du nez : tu aimes être flatté ainsi que dupé, toujours à écouter les parleurs bouche bée ; et ton esprit, tout en étant du logis, bat la campagne. » Pour le meilleur (Bonaparte) et souvent le pire (Hitler), parfois l’un et l’autre (Boulanger), il finit par sombrer dans le culte du chef lorsqu’il prend les traits d’un démagogue menant le peuple à la baguette.
Le génial Julius Evola, auteur réactionnaire rangé dans la catégorie des infréquentables, distinguait, à ce titre, fort bien les responsables selon le principe de légitimité qui les fondait : « La situation est fort différente selon que la reconnaissance et le prestige se fondent sur des promesses, ou, au contraire, sur des exigences. Dans les formes les plus basses de la démocratie moderne, c’est exclusivement le premier cas qui se produit ».  
En époque décadente, le populisme, forcément, nivelle, souvent par le bas –rares sont les expériences modernes de nivellement par le haut-, et ne saurait être de droite, dont le fondement même repose sur la hiérarchisation – remontant au divin dans le cas de la droite originelle. La droite gagnerait ainsi à se débarrasser et se désincarcérer de ses oripeaux populistes, et sa composante identitaire, si elle est consciente que l’attachement à la patrie est le fait du peuple davantage que des élites, ne doit se laisser tenter par la basse démagogie. 
Surtout, l’époque exige davantage d’ambitions. Plus que le populisme, qui flatte les bas instincts des individus selon les catégories sociales auxquelles ils émargent, plus que des « leaders » vulgaires dont Donald Trump est le dernier avatar, plus que la démagogie à la portée du premier venu, l'élitisme sera davantage à même de mener les combats protéiformes et interconnectés auxquels nos pays devront faire face, des responsables pétris de culture devront transmettre leur degré d’exigence au peuple, l’excellence devra agir comme un leitmotiv.
Nous ne pourrons renouer avec une croissance durable sans inciter les gens à travailler, nous réconcilier avec nos racines sans s’intéresser à notre histoire, gagner le combat de civilisation sans renouer avec le don de soi pour la collectivité. Ce sont là les préalables avec lesquels doit renouer le patriotisme de droite, sans quoi il ne sera qu’un vulgaire populisme.

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