samedi 7 février 2026

JO de Milan-Cortina : une cérémonie d'ouverture devrait toujours ressembler à ça !

Et soudain Laura Pausini est apparue dans le stade milanais de San Siro, belle comme une Italienne, puissante par la voix et l’envoûtante présence, symbole de son pays, dont elle interpréta magistralement l'hymne national comme sans doute jamais personne ne le fit, avant qu'un choeur de femmes ne prît le relais pour achever l'Inno di Mameli au coeur du village alpin de Cortina d’Ampezzo. Pendant ce temps-là, les Corazzieri, cuirassiers italiens, hissèrent le Tricolore avec une solennelle lenteur.

Le temps s'est alors arrêté, le cours tumultueux d’un monde en capilotade aussi. On se mit à frissonner, à avoir la larme au coin de l’œil et à espérer. Canova fut ressuscité en même temps que son œuvre séraphique prenait vie sous nos yeux  ; des colonnes de mannequins mirent la mode à l’honneur dans la ville qui est un de ses berceaux et rendirent par la même occasion hommage à Giorgio Armani, récemment décédé ; Mariah Carey nous fit voler avec sa reprise de Nel blu dipinto di blu de Domenico Modugno ; le ténor Andrea Bocelli interpréta superbement Nessun Dorma, comme le fit Luciano Pavarotti il y a vingt ans lors des Jeux de Turin. L’Harmonie était le thème majeur de la cérémonie, loin du chaos, du désordre, du wokisme.

dimanche 25 janvier 2026

De la culture de masse aux sous-cultures archipellisées, le danger du grand délitement

Jusqu'à il y a peu, chaque génération se construisait, en plus d'une culture générale, des souvenirs communs, mélange d'émissions télévisées, de chefs d'Etat portés au pouvoir avant d’être défaits par les urnes ou renversés par des coups d'Etat, de modes vestimentaires et décoratives, de débats de société, d’exploits sportifs, de succès musicaux sur lesquels se sont formés des couples, de films qui ont bercé les imaginaires et d'événements dont chacun saisissait instantanément la portée historique - se souvenant précisément ce qu'il faisait au moment où ils advinrent.

Dans les années soixante, on vivait sous De Gaulle et sous l'oeil de tante Yvonne, on roulait en DS ou en Simca1000 et, si on était italien, en Fiat500, on s'encanaillait sur les rythmes yé-yé, la Nouvelle Vague déferlait sur le cinéma. Une décennie plus tard, dans les soixante-dix, on se déhanchait sur des airs disco, les poteaux carrés de Glasgow empêchèrent les Verts de décrocher la coupe d'Europe – ce qui ne les empêcha pas de défiler sur les Champs-Elysées -, on connaissait les dimanches sans voiture, on admirait indifféremment Montand et Delon - peu importe leurs couleurs politiques respectivesLes quatre-vingt virent s'effondrer le mur de Berlin dont chacun voulait avoir chez lui un morceau et apportèrent les dernières étincelles de génie avant l'extinction des feux : c'étaient les années Canal, les écrivains qui défilaient chez Pivot, Philippe Starck qui redécorait le monde. Dans la décennie quatre-vingt-dix, on rêvait de vivre ses amitiés comme dans la série Friends, Johnny fêtait ses cinquante ans au Parc des Princes, mais c'est dans une autre arène, au Stade de France, que les Bleus soulevèrent la Coupe du monde sous les yeux de Jacques Chirac, avant de défiler eux aussi, mais triomphants, sur la principale artère parisienne.  

mercredi 2 juillet 2025

Wimbledon, l'élégance à l'anglaise

En plein coeur d'une époque qui pèche trop souvent par défaut d'élégance, Wimbledon est l'un des tout derniers bastions où la tradition résiste à la modernité. A l’écart d'un monde devenu fou, le All England Club, antre de la compétition, est un havre de paix où les balles que l'on s'échange sont jaunes et n'ont d'autre objectif que celui de tuer les illusions de l'adversaire ; rétif à la déconstruction de tous les repères, le tournoi londonien résiste aux progressistes zélés ; comme pour défier le temps qui défile, la quinzaine pose son ancre sur la vie.  

Les tenues blanches tranchent avec les accoutrements criards de l'époque et, dans leurs uniformes immaculés, les joueurs rivalisent d'une classe qu'aucun défilé de mode sans doute n'égalera : a-t-on d'ailleurs jamais vu homme plus élégant que Roger Federer entrant sur le court en costume nivéen ou - pardonnez-moi ce jugement peu dans l'esprit du temps - femme plus belle que Maria Sharapova dans sa robe blanche ? Les rythmes binaires de la musique moderne sont remplacés par le bruit sourd des échanges qui perturbent à peine le flegme des spectateurs. La chaleur pose son dôme en plein coeur d'un été à propos duquel on pense encore naïvement qu'à l'instar de l'enfance ou des moments heureux, il ne terminera jamais. 

samedi 21 septembre 2024

Heureux qui comme Du Bellay repose à Notre-Dame

La nouvelle n’aura été l’objet que de quelques malheureuses lignes sur les sites d’information, plus affairés à esquisser la composition du nouveau gouvernement ou à trouver de nouveaux péchés à ajouter à la liste de l’Abbé Pierre. Après tout, l’époque n’est plus à la célébration du passé, encore moins lorsque celui-ci fut brillant, ni à la culture générale, dont l’acquisition nécessite curiosité et effort. « Joachim qui ? », entendrait-on presque marmonner Sébastien Delogu. Et pourtant, la découverte probable de la tombe de Joachim Du Bellay est un plaisir de fin cultivé. 

Le poète reposait donc depuis presque un demi-millénaire, dans un cercueil fait de plomb, sous la croisée du transept de Notre-Dame, cathédrale qui ne cessera jamais de révéler ses secrets. Pendant quatre siècles, nombre d’hommes d’églises et quelques illustres inconnus y furent enterrés. Avouons qu’il y a repos éternel plus désagréable : malheureux, Richard III, dont le squelette fut retrouvé dans le sous-sol d’un parking de Leicester, dans le centre de la pluvieuse Angleterre ; malheureux aussi les hommes et femmes célèbres enterrés dans des cimetières devenus des lieux touristiques ; malheureux, enfin, la plupart d’entre nous, dont les cendres seront répandues sur les pelouses de crématoriums.

lundi 15 avril 2024

"Oui, mais les impressionnistes..."

Méprisés, vilipendés, humiliés de leur vivant, les impressionnistes ont connu une gloire posthume en inscrivant leurs oeuvres dans le patrimoine artistique français. Tandis qu'une exposition immersive ambitionne, au musée d'Orsay, de reproduire, peu ou prou, l'ambiance de leur première manifestation commune il y a exactement 150 ans, nous ne pouvons passer sous silence que leur génie sert aujourd'hui de caution à tout artiste faisant passer ses vagues inspirations pour de l'art. Tout le monde n'a pourtant pas pour vocation à inscrire son coup de pinceau dans le cheminement des siècles.

Replongeons-nous dans la France de 1874, sa Troisième République encore balbutiante, ses guinguettes où la bonne société venait s'encanailler et ses couleurs chatoyantes. Depuis une dizaine d'années déjà, les "refusés" exposaient leurs tableaux en marge du très officiel Salon qui ouvrait bien des portes à ceux qui eurent l'honneur d'apparaître au catalogue. L'art était en pleine évolution et foisonnait de courants divers : à Barbizon, Corot, Millet et Daubigny peignaient déjà les champs, les forêts et les clochers depuis quelques décennies ; aux Batignolles, quelques artistes, immortalisés par Fantin-Latour, firent évoluer leur art à défaut de vouloir le révolutionner. Ceux-ci exposeront finalement leurs oeuvres boulevard des Capucines, dans l'atelier de Nadar, dont l'art - la photographie - finira aussi par exploser.

samedi 6 avril 2024

ABBA remportait l'Eurovision le 6 avril 74 : une idée de la musicalité de la vie

Bien sûr, il y a l'éternel débat, jamais tranché, afin de déterminer qui, des Beatles ou des Rolling Stones, est le plus grand groupe de tous les temps. Evidemment, il y a eu Queen, sa rhapsodie bohémienne et le destin tragique de Freddie Mercury. Mais aussi Nirvana, dont le chanteur s'est éteint il y a juste trente ans, The WhoAC/DC, Pink Floyd. Et puis ABBA, qui remporta l'Eurovision avec son titre Waterloo, le 6 avril 1974, à Brighton, dans le sud du Royaume-Uni. Il y a cinquante ans. Un demi-siècle, une éternité. 

Les pays représentés lors de la grand-messe annuelle de la chanson figeaient alors les cartes mentales de l'Europe. La Yougoslavie encore unie et toujours sous la férule de Tito, Israël et Monaco étaient conviés au concours. L'Union soviétique n'avait pas encore été démantelée. Les votes, déjà égrenés au compte-gouttes, étaient, moins qu'aujourd'hui, dictés par des raisons géopolitiques, de minorités établies dans les pays voisins ou d'excentricités à la mode. 

samedi 30 mars 2024

Jeux Olympiques : séparons sport et politique

Rien n'est sans doute plus politique que le sport, fors la politique elle-même. Pourtant, rien ne devrait plus échapper à celle-ci que les joutes sportives. Tandis que nous espérons voir briller les Jeux Olympiques par les performances des athlètes, certains entendent déjà s'accaparer la grand-messe quadriennale pour faire avancer leur propre agenda.  

L'histoire regorge de ces épisodes où sport et politique n'ont, pour le meilleur et pour le pire, fait qu'un. Les Jeux, ce moment hors du temps durant lequel la compétition est portée à son acmé, n'ont jamais échappé à la règle : on se souvient du triomphe remarquable de Jesse Owens, en 1936 à Berlin, devant Adolf Hitler, des JO de 1980 à Moscou tenus en l'absence d'athlètes américains et issus de pays... musulmans suite à l'invasion de l'Afghanistan par l'armée soviétique et, une olympiade plus tard, de ceux de Los Angeles boycottés par les Russes qui organisèrent en réaction des Jeux de l'Amitié, du poing levé de Tommie Smith et John Carlos à Mexico ou encore de l'attentat perpétré contre la délégation israélienne lors des Jeux de Munich par l'organisation terroriste Septembre noir.