Jusque dans les années quatre-vingt-dix, l'entame des journées était régie par un rituel immuable pour les écoliers : aux salutations d’usage suivies des appels au calme succédait la dictée matutinale, torture pour les uns, plaisir inavouable pour les autres. Ainsi sont nées des générations aguerries aux difficultés du français et déflorées au contact des charmes de la langue de Molière.
L'époque n'était déjà plus celle des hussards noirs, selon l'expression de Charles Péguy ; les professeurs ne portaient plus la blouse, mais étaient toujours vêtus avec élégance et sans impudeur. Ils dictaient le texte du jour avec une scansion qui facilitait la clarté et une prosodie qui trahissait la solennité du moment. Les temps n’étaient plus aux coups de règles sur les doigts coupables, mais il n'était pas question que les maîtres récitassent le texte à la façon de Fernandel dans Topaze : "Les moutons étaient en sûreté dans un parc. Des moutons. Mouton-sss (...) Les monton-s étaie-ent. C'est-à-dire qu'il n'y avait pas qu'un mouton".