Dans son encyclique Magnifica humanitas, le pape Léon XIV, installé sur le trône de Saint-Pierre depuis plus d’un an, met en garde contre l’intelligence artificielle qu’il invite à « désarmer », sans quoi notre société sombrerait dans une déshumanisation accrue marquée par l’émergence de nouvelles formes d’esclavage. Le Saint-Père est évidemment dans son rôle et dans la continuité historique d’une institution freinant, parfois à raison, parfois à tort, toute forme de progrès. Pourtant, à moins d’un improbable coup d’arrêt planétaire, dont on ignore d’ailleurs par qui il serait décidé ou imposé, et sûrement pas du fait d’une Eglise au pouvoir déclinant, il faudra composer avec l’omniprésence de l’IA.
Bien sûr, il ne fait plus guère de doute que celle-ci transformera l’homme dans ce qui le façonne et le caractérise : son génie autant que sa démesure, sa capacité de mémorisation, sa représentation du monde, ses rapports de domination, ses activités parfois routinières jusqu'au travail qui lui assure les conditions financières de sa survie. Ce défi aux confins de la philosophie et de la vie pratique devrait hanter chacun d'entre nous, peut-être pas autant que la question de la mort ou du temps qui passe, mais nous impose d’être à la hauteur des enjeux, individuellement et collectivement, afin au mieux de façonner la révolution à l'oeuvre ou au pire nous adapter afin au moins de ne pas trop perdre la partie.