"Faut-il se forcer à lire les classiques ?", s'interrogeait récemment France Inter entre deux tirades idéologiques et quelques chroniques d'humoristes pas vraiment drôles. A la question, il faudrait opposer une affirmation : oui, les grands romans sont essentiels à la tranquillité de nos âmes. Lorsque nous sommes enfants, ils éveillent notre imaginaire ; jeunes adultes, ils accompagnent notre plongée dans le grand monde ; arrivés à maturité, ils nous offrent la sagesse de penser que rien de ce qui est humain n'est jamais totalement binaire ; en fin de vie, ils nous aident, par leur rappel de la beauté et du tragique de l'existence, à appréhender le grand passage.
J'avoue d'emblée être parfois épuisé par les commentateurs qui parent la littérature d'atours trop présomptueux ; je m'ennuie souvent des émissions littéraires et de leurs péroraisons soporifiques à force d'être trop mielleuses ; je me méfie du verbiage des écrivains actuels sur leur époque et me lasse des poncifs - la "petite musique" de l'un, le "pastoralisme" de l'autre - et des débats répétitifs - "faut-il séparer l'oeuvre de son auteur ?".