Tout a déjà été écrit sur le 11 septembre 2001, sur les jours et sur les années qui ont suivi, jusqu’à aujourd’hui, car plus jamais, depuis cette date qui sonne comme déflagration, le monde ne fut comme avant. Et le monde d’avant, nous disait-on, allait nous entraîner en pente douce vers le triomphe de l’Occident et de son libéralisme. Le conflit des civilisations larvait pourtant et Ben Laden finit par réveiller Clio, muse de l’Histoire, dont on doute aujourd’hui qu’elle puisse retrouver le sommeil.
Le 10 septembre donc ressemblait à peu près à ceci pour des jeunes qui, à l’époque, avaient la vingtaine et n’avaient connu ni la Guerre froide, ni les chocs pétroliers et n’avaient pas encore atteint la dizaine au moment de la chute du Mur. Nous nous préparions à entamer une nouvelle année académique et, pour financer nos sorties, nous accomplissions des jobs d’étudiants plus ou moins bien rémunérés. Entre copains, nous nous écharpions à propos de nos clubs de football respectifs, avec la perspective de la journée de Champions League du lendemain. Nous draguions maladroitement en multipliant des sms aux filles que nous convoitions ; parfois, elles nous répondaient, souvent elles ignoraient nos avances.