mercredi 25 novembre 2015

La politique du pansement

Désormais, ils « gèrent » ou, nuance qui a toute son importance, tentent de gérer. Gérer la menace terroriste. Gérer les flux de migrants. Gérer les déséquilibres budgétaires. Gérer la dette. Gérer la sécurité. En réalité, dépassés par les événements, ils ne gèrent plus rien. Alors, les hommes au pouvoir pansent les blessures.

Depuis plusieurs décennies, la mondialisation a produit ses effets négatifs en cascade : suppression des frontières, économiques et géographiques, pauvreté accrue, importation des conflits au coeur de quartiers dépassés par le cosmopolitisme, terrorisme, dumping, délocalisations. Et bien d’autres conséquences, dont l’exhaustivité du recensement nécessiterait de noircir des pages entières.

L’établissement des responsabilités pointe les hommes politiques nationaux qui ont abandonné leur pouvoir. A l’Europe. Aux multinationales. A tout le monde, sauf aux peuples. Traînant avec eux leur pharmacie, ils appliquent donc des compresses sur les plaies béantes affichées par les perdants du monde sans frontière, emmènent dans les ambulances les blessés de guerre d’un genre nouveau, ceux du terrorisme, jouent au psy et à la nounou pour apaiser les écorchés de la vie.

En politique, la théorie du « care » a fait florès au crépuscule de la première décennie du présent siècle. En son temps, Martine Aubry, inspirée par les féministes américaines, avait fait de la « politique du soin » le leitmotiv qu’elle porterait en bandoulière. La Première secrétaire du Parti socialiste français ignorait encore qu’elle tomberait elle-même au champ de bataille, terrassée par François Hollande.

Aujourd’hui, la théorie du soin n’a plus rien de prophylactique. Les dirigeants le savent. Ils doivent désormais guérir, mais ne possèdent ni les médicaments, ni les vaccins, ni les défibrilateurs nécessaires à la guérison.


Montaigne, parmi les génies enfantés par l’Occident, avait, dans ses Essais, anticipé la situation : “Nous troublons la vie par le soin de la mort ; l'une nous ennuie, l'autre nous effraye.” Désormais, c’est la mort qu’il faudra panser. Et penser. Car elle commence à frapper à nos portes. Paris n’en est qu’un des premiers théâtres.

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