lundi 26 juin 2017

Des hommes pour un combat de civilisation

Au fil de mes pérégrinations sur les terres bruxelloises, wallonnes et européennes –je ne m’aventure jamais vraiment au-delà de ce monde connu-, il m’arrive souvent de penser que la lutte au nom d’une certaine idée de la civilisation et de l’homme, que je mène avec d’autres, est perdue.

On pourra citer, parmi les causes de la défaite programmée, des raisons aussi diverses que l’évolution démographique –comprenez le remplacement de population-, l’intérêt égoïste des élites ou encore le fatalisme, mais la réalité est plus cruelle : la déréliction actuelle découle de la morale de vaincu instillée dans toutes les strates de la société.

La défense de l’identité basée sur l’héritage des siècles n’est en effet plus menée, à la hussarde et pour le panache, que par quelques irréductibles, forcément trop peu nombreux, qui ne transigeront jamais sur l’essentiel. Les autres, que je prends pour des lâches, des soumis et/ou des traîtres qui, en des périodes plus nobles, auraient été emprisonnés ou fusillés, ont renoncé, se sont tapis dans l’apathie ou ont entrepris de collaborer avec les forces ennemies.

Le philosophe suisse Denis de Rougemont écrivait que « la décadence d’une société commence quand l’homme se demande ce qui va lui arriver au lieu de se demander ce qu’il peut faire ». Notre civilisation déclinante est arrivée au stade de la renonciation au combat et de l’attente du salut non plus tant de la providence, à laquelle les hommes ne croient plus, que du hasard ou, ce qui est pareil, des autres, dont le monde politique, sans savoir que la faiblesse et l’indigence de la plupart des élus actuels ne sont que des miroirs de la déliquescence générale.  

S’il était besoin de se convaincre de l’état actuel de décadence, il devrait suffire de comparer les soldats des tranchées prêts à mourir les armes à la main avec les combattants virtuels tuant des ennemis imaginaires sur un écran –nous sommes passés des courageux poilus aux broussailleux hipsters-, ou de mettre en parallèle les intellectuels d’antan avec les épaves ayant pour seul horizon philosophique la mousse flottant au sommet de leur bière ou le joint carré entre leurs lèvres, ou de comparer les pamphlétaires de jadis avec les névrosés dégueulant sans style leurs états d’âmes sur Facebook.  

L’homme, et l’homme seul –considéré ici dans le sens d’être humain, sans considération de genre-, initiera le changement. L’époque exige de lui qu’il soit digne et droit, suffisamment instruit que pour porter en bandoulière sa culture, n’ayant d’autre objectif que de se battre pour ses convictions en utilisant sa liberté d’expression et d’action, prêt à honorer la mémoire de ses ancêtres et à assurer la continuité de l’histoire, surtout prendre à pleines mains son destin.

Conséquemment, il devra faire fi des grandes utopies telles que l’égalité, la fraternité mondiale, le pacifisme entre les nations et les civilisations, les hommes qui sont des femmes et les femmes des hommes selon la théorie du genre (vive le virilisme et la féminité), les individus hors sol, le multiculturalisme heureux, l’Etat-providence et son corollaire, la sécurité sociale. Une telle vision idéalisée n’existe que dans le logiciel éculé des bien-pensants qui ont mené nos pays à la ruine, notre civilisation à l’abattoir et les hommes au néant -à l’image des « déracinés » de Maurice Barrès, auteur que je cite comme conseil de lecture et afin de rappeler, si besoin en était, à quel point je méprise les sycophantes qui scrutent jusqu’à mes affinités littéraires pour me ranger dans le camps des infréquentables.

A l’heure où les « coachs de vie » sont à la mode, souvent pour le pire car agissant pour assouvir le narcissisme désuet de leurs clients infatués, le conseil le plus judicieux que l’on puisse aujourd’hui prodiguer est de développer, de façon indissociable, un esprit sain dans un corps sain (le mens sana in corpore sano popularisé par Juvénal). Un esprit sain se travaille, entre autres, par la lecture, la réflexion, la mémorisation. Un corps sain se façonne par l’hygiène de vie, une alimentation de qualité et l’exercice physique répété.

Le seul mensonge qui existe est celui que l’on se fait à soi-même. La remarque vaut à titre privé et civilisationnel. Le stade de décadence auquel nous sommes arrivés est uniquement dû à notre « volonté d’impuissance » (pour paraphraser Nietzsche), notre incapacité à mettre notre corps et notre esprit en adéquation avec les enjeux qui se présentent à nous et notre faiblesse qui amène non seulement à ne plus assumer ce que nous sommes mais aussi à enlacer l’ennemi comme si, par miracle, nous allions nous régénérer à son contact.


Notre civilisation eut ceci de particulier qu’elle a engendré des œuvres et des idées « ultimes », dans le sens où on a pu les croire « indépassables » par leur beauté ou leur puissance, et qui furent pourtant chaque fois dépassées, offrant des livres -à opposer au livre unique-, des symphonies, des tableaux ou des lieux sacrés tapissant un imaginaire supérieur. Il ne restera, par notre faute, que cendres, bruits et ruines. Sortir du chaos nécessitera de rompre avec la morale de vaincu actuellement triomphante et de renouer avec la tradition des hommes forts, des hommes productifs, des hommes capables de génie !

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