vendredi 1 juillet 2022

La vie comme émerveillement

                                    Achevé d’être rédigé à Agrigente, non loin de la Vallée des Temples,
là où par la beauté même il n’existe plus aucun doute que la vie,
si courte et insensée soit-elle, mérite d’être vécue


L’époque est triste, triste par son manichéisme et son moralisme, triste en raison de la disparition des libertés et encore plus par son incapacité à donner à celles-ci un sens qui vaille, triste à force de voir la beauté s’exiler au profit de la laideur qu’exprime l’architecture moderne ou un rond-point surmonté d’une tentative d’œuvre d’art, triste de voir la nature asservie aux lubies de quelques fanatiques, triste à cause de l’exhibition sans honte de la bêtise et de la décadence, triste d’avoir désappris à vivre avec l’idée de la mort, triste comme nos passions dans une société dénuée de sacré, triste de ne plus faire de l’émerveillement permanent une des sources de la vie.

Comment s’étonner, dès lors, que la consommation d’antidépresseurs atteigne, dans nos pays, des records ? Comment ne pas s’inquiéter de n’avoir d’autres horizons que le fil d’actualité de nos réseaux sociaux et le défilement ininterrompu de « stories » identiques ? Comment interpréter le manque de goût pour cette noblesse dont se parent les belles choses et que drapent les beaux mots ?  

mardi 19 avril 2022

A propos de l'antifascisme

Même si nous avons été élevés politiquement avec l'idée qu'il ne fallait jamais se justifier ni se plaindre, selon l'aphorisme attribué à Benjamin Disraeli ("never explain, never complain"), je le répète une fois pour toutes : mes compagnons de combat et moi-même ne sommes pas d'extrême droite. De droite sans doute. Extrêmes, certainement pas : rien dans nos idées, encore moins dans la personnalité de la plupart d'entre nous, n'est extrême - nous sommes même de plutôt sympathiques camarades, capables de gravité au moment de faire face à la situation dans laquelle sont plongés nos pays, mais aussi de plus de légèreté au moment de refaire le monde.


Le mot fait vendre et il fait peur : c'est à cela qu'il sert. Nous pensions pourtant la diabolisation et ses réflexes pavloviens - dont la reductio ad hitlerum - éculés, dépassés, surannés. Naïvement, nous croyions que ce que nous appelons par commodité le "système" allait se réinventer et porter un projet. C'était le surestimer et penser qu'il était à même d'assumer les conséquences de ses politiques, voire de trouver une nouvelle respiration. En réalité, il est à bout de souffle.

jeudi 10 mars 2022

Du bon et du mauvais nationalisme

De tous les nationalismes, il en existe toujours un qui est mauvais, celui des autres, et l'autre qui doit être valorisé car bon par nature, le sien. Pour ne surtout pas semer le trouble, une distinction sémantique et stérile est désormais établie entre nationalisme et patriotisme selon l'aphorisme de convenance (et particulièrement niais) attribué à Romain Gary : l'un serait la haine des autres, l'autre, l'amour des siens.


Ressortiraient ainsi du premier, selon la classification habituelle, le "Make America Great Again" de Donald Trump, les "partis d'extrême droite" - qui, pour la plupart, n'ont rien d'extrême -, la lutte contre l'immigration - le tout savamment amalgamé par ceux en appellent généralement à ne "pas faire d'amalgames"- ; du second,  les drapeaux noir-jaune-rouge affichés aux fenêtres lors des Coupes du Monde de football, Volodymyr Zelensky, les causes catalane, basque ou écossaise. 

mercredi 21 juillet 2021

Le vaccin, en toute liberté

La liberté n'est pas un droit, c'est un devoir, et pas n'importe lequel : celui d'être à la hauteur des enjeux de la société dans laquelle nous vivons.


Me voilà donc vacciné, de mon plein gré.

 

Dans le hall de l'aéroport, qui tient lieu de centre de vaccination pour les habitants des alentours, je mis à profit les quinze minutes d'observation suivant l'injection pour parcourir le fil d'actualité de mes réseaux sociaux, à peine distrait par les manoeuvres d'un avion commercial et le passage plus agréable d'une fille aux jambes filiformes. J'y découvris, comme tous les jours depuis un an, des propos énervés et compulsifs, parfois de bon sens, souvent - loi du genre en de tels lieux virtuels - que j'estime saugrenus. Mais, après tout, je ne m'en suis jamais indigné : la liberté d'expression, c'est en accepter avant tout le principe pour les bretteurs qui pensent différemment sans les accuser de proférer des "fake news", d'être des extrémistes ou de se comporter tels des moutons. 

vendredi 26 février 2021

Renouer avec nos libertés pour en faire quelque chose de plus noble

Nous voilà donc, depuis bientôt un an, quasiment assignés à résidence, cette mise en boîte collective devant nous épargner une autre, plus définitive. Si nous avons accepté de bon gré le confinement initial, tout en maugréant contre l'absence incompréhensible de masques dans un pays développé, nous peinons à nous soumettre aux restrictions actuelles. Tandis que l'on est en droit d'espérer que l'après-covid nous permette de recouvrer nos libertés, toutes nos libertés, nous devons également nous interroger sur le sens à donner à celles-ci, en faisant appel à la philosophie, grande oubliée de l'époque que nous vivons, prompte à vivre selon l'avis monopolistique des "experts".

 

Avec la persistance de la crise sanitaire, deux camps se figent, assénant leurs vérités, sans entre-deux, selon une pensée binaire empêchant de comprendre les subtilités de la loi et de la règle, nous cantonnant dans leur application ou leur rejet stricts sans plus en comprendre l’esprit : il y a, d'un côté, les bons élèves qui docilement suivent les instructions gouvernementales et les recommandations des experts ; de l'autre, les rebelles qui se méfient de la parole publique. Le terrain de jeu, ou de guerre - puisque c'est en celle-ci que nous serions plongés selon les mots infantiles d’un président pour désigner quelque chose de viril -, s’étale le long des fils d’actualité de nos réseaux sociaux où il n'est plus guère de goût pour le débat et la nuance.

jeudi 30 avril 2020

Du soleil par ma fenêtre

A travers les vitres entretenues de mon modeste appartement, les lilas en fleurs me toisent de leurs couleurs vives à défaut de pouvoir m'enivrer de leurs parfums de printemps, la flèche surplombant le clocher de la petite église de quartier émerge des arbres dont la crinière verte s'agite à tous les vents, la route est désengorgée de sa noria habituelle de véhicules et les rideaux tirés du voisin couvrent son intérieur d'un voile pudique.

 

L'horizon de mon confinement ne laisse entrevoir aucune trace de cette guerre annoncée sur tous les tons. Aucun obus ne vient déchirer nos tympans et nos habitations ; le coronavirus ne porte pas d’armes et le covid-19, portant pourtant un nom de bombardier, ne lâche aucune bombe ; pas un soldat n’est venu frapper à nos portes afin d'emmener un proche ou vérifier que nous ne cachions quelqu’un ; il n’y a ni tranchées, ni boyaux, ni lignes de combat ; et il n'y aura guère de monuments aux morts sur les places de nos villages. Laisser accroire que nous serions empêtrés dans un conflit sanglant n'est qu'un effet de langage permettant à nos chefs de gouvernement de se hisser au rang de chefs de guerre et, nous, plus modestement, de jouer aux résistants de pacotille.

vendredi 17 janvier 2020

Au nom de nos églises


Nos églises se vident et se meurent sous le regard indifférent des foules plongées dans le fracas de la vie sans plus prendre le temps de la contemplation et du recueillement. Elles sont en péril et pourtant si essentielles au cœur de nos paysages qu’elles couvrent de leur manteau rappelant le cheminement commun des siècles. L’urgence est aujourd’hui de sauver ces joyaux historiques et de leur redonner lustre et grandeur.

Je ne suis pourtant pas croyant.