Je fus initié à la littérature américaine en me plongeant dans les parchemins brumeux de la beat generation, puis dans ceux, plus sinueux encore, des auteurs que l’on qualifiera pudiquement de torturés. Question de tempérament probablement, ni Kerouac accompagné de sa horde, ni Salinger et ses épigones n’avaient réussi à me captiver. Il a fallu que j’emprunte d'autres chemins, qui ont la vie pour espérance et la mort pour risque, pour que je finisse par aimer les écrits parus par-delà l’Atlantique. L’Amérique est une affaire de conquêtes, vers l’ouest le plus souvent. Les raisins de la colère prouve que sa littérature obéit à la même règle.
Avec un style inspiré pour nommer ses romans – y a-t-il plus beau titre que celui-ci ? -, précis autant que poétique pour sublimer les paysages désolés et profondément réaliste pour camper les dialogues, John Steinbeck est, au sens noble du terme, un écrivain populiste. De gauche sans doute, bien qu'on doute qu'il se serait reconnu dans la « cancel culture » qui sert aujourd’hui de programme commun aux progressistes, dont la poussière n’est plus celle de l’effort, mais de la destruction des statues.