lundi 26 juin 2017

Des hommes pour un combat de civilisation

Au fil de mes pérégrinations sur les terres bruxelloises, wallonnes et européennes –je ne m’aventure jamais vraiment au-delà de ce monde connu-, il m’arrive souvent de penser que la lutte au nom d’une certaine idée de la civilisation et de l’homme, que je mène avec d’autres, est perdue.

On pourra citer, parmi les causes de la défaite programmée, des raisons aussi diverses que l’évolution démographique –comprenez le remplacement de population-, l’intérêt égoïste des élites ou encore le fatalisme, mais la réalité est plus cruelle : la déréliction actuelle découle de la morale de vaincu instillée dans toutes les strates de la société.

La défense de l’identité basée sur l’héritage des siècles n’est en effet plus menée, à la hussarde et pour le panache, que par quelques irréductibles, forcément trop peu nombreux, qui ne transigeront jamais sur l’essentiel. Les autres, que je prends pour des lâches, des soumis et/ou des traîtres, ont renoncé, se sont tapis dans l’apathie ou ont entrepris de collaborer avec les forces ennemies.

jeudi 9 mars 2017

Homère à la rescousse de l'Occident décadent

« Homère est nouveau, ce matin, et rien n’est peut-être aussi vieux que le journal d’aujourd’hui » : par cet aphorisme, le « mécontemporain »(1) Charles Péguy soulignait autant l’intemporalité de l’œuvre léguée par l’aède grec que l’obsolescence des gazettes relayant des nouvelles qui se bousculent désormais à un rythme effréné. S’il ne devait rester que deux textes de la production littéraire et culturelle fournie par l’espace européen, l’Iliade et l’Odyssée, plus sans doute que la Bible et forcément que l’œuvre de Guillaume Musso, seraient vraisemblablement ceux-là. Rédigées au VIIIe siècle avant notre ère, et conservées par-delà les âges en ne cessant d’être une source d’inspiration, de Pindare à Giraudoux, elles incarnent, en lettres de chair, la civilisation occidentale « aux origines grecques » et portent en germe les conditions de sa palingénésie.

Chez Homère, l’individu souverain demeure maître de son destin, quoique, époque oblige, forcément influencé par les divinités qui, bien qu’au-dessus de la mêlée, s’incarnent jusqu’à prendre fait et cause pour un des protagonistes : Aphrodite soutient Pâris qui l’avait élevée au rang de plus belle parmi les déesses, Arès se range du côté des Troyens, Athéna et Hermès viennent en aide à Ulysse, Poséidon s’oppose à lui, Eole oscille entre les deux positions. En réalité, l’intervention divine hâte les destins individuels davantage qu’il ne les influence réellement. D’ailleurs, tempère l’académicienne helléniste Jacqueline de Romilly, « quand ils interviennent, eux qui peuvent tout, ce n’est point pour faire s’effacer la raison humaine. Au contraire, on dirait qu’Homère offre toujours, dans l’Iliade, des miracles que chacun peut y reconnaître, en tous les temps, les souvenirs familiers des surprises imposées par la vie »(2). Le christianisme, qui doit sa mainmise sur l’Occident à son OPA sur un monde romain en déclin, inversera les rôles en faisant découler toute chose du tout-puissant.

vendredi 10 février 2017

Les nouvelles stratégies des médias face à la réalité

Dépassés par un monde qui, non seulement ne répond plus à leur vision idéalisée, mais qui, de surcroît, échappe à leur mainmise, les médias traditionnels ont entrepris d’adapter leurs méthodes. A la reductio ad hitlerum, au déni de réalité et à l’ostracisation de ceux qui « pensent mal », autant de stratégies éculées, sont venues se greffer de nouvelles techniques –parfois de très anciennes remises au goût du jour-, certes plus subtiles, mais qui ne trompent pas grand-monde. Elles sont au moins au nombre de neuf.

1. Pensant être les garants de la vérité, les médias ont mis en place des outils de « vérification » de l’information qui présentent tous les atours de la méthode scientifique. Le fact checking a laissé place au « décodage » au nom d’impératifs idéologiques. Les « décodeurs » des différents journaux ont pourtant beaucoup de mal à avancer des chiffres ou des faits étayant leurs thèses et ciblent donc le plus souvent les médias qui les véhiculent. Sans surprise, dans le Decodex que vient de lancer Le Monde, un quotidien comme L’Humanité est qualifié de fiable et un journal en ligne comme Boulevard Voltaire est rangé dans la catégorie des médias peu crédibles.

2. Depuis le début des attentats terroristes en Europe, les journalistes nous ont invités à ne pas commettre d’amalgames. Pourtant, quand il s’agit d’un responsable politique de la « droite décomplexée » ou d’un éditorialiste commentant « hors les murs », le mantra est vite oublié. A cette aune, toute personne qui pense mal ou de manière farfelue est amalgamée sous le concept faîtier de « fachosphère ». On ne saurait pourtant, quand on est de bonne foi, ranger Alain Finkielkraut et Dieudonné, des personnalités de la droite identitaire et des complotistes, sous une même coupole. Pis, les mêmes qui affirment que l’islamisme n’est pas l’islam, ne s’embarrassent d’aucune précaution lorsqu’ils prétendent que « Le Pen et Daesh, c’est la même chose ».

mercredi 9 novembre 2016

Morts un 9 novembre, le général de Gaulle et Yves Montand

Vous ne savez jamais avec précision quand la grande faucheuse viendra frapper votre nuque de son couperet glacial.

A propos de ce jour dont j'ignore la date mais que j'espère lointain, je nourris l’espoir, sans doute aussi vain que celui de gagner à la loterie, qu'il survienne un 9 novembre.

Le tapis de feuilles jaunies qui recouvrent alors les cimetières y est encore parsemé des chrysanthèmes déposés sur les tombes quelques jours auparavant, en plein cœur d'un automne qui file, tambour battant, vers l'hiver. La vie, comme la lumière, recule inexorablement vers les tréfonds de la mort, se vide de son éclat, décline.

Le 9 novembre a vu arraché au monde des vivants l’indéracinable général de Gaulle, ce vieux chêne comme l’appelait Malraux, et l’inimitable Yves Montand, qui faisait virevolter les feuilles mortes dans une douce mélodie. Tous deux trônent dans mon panthéon personnel. Ils gisent dans ma crypte secrète. Me recueillir sur leur tombe respective, à Colombey-les-deux-Eglises et au Père Lachaise, m’a toujours empli d’émotion.

mercredi 20 janvier 2016

A la recherche de la littérature perdue

La littérature a pendant des siècles su incarner et sublimer son époque. Elle est aujourd’hui en capilotade, à la recherche de talents, d’un public, de querelles intestines, de salons, de mouvements. En un mot, d’identité. Dans le déferlement en pente déclinante des siècles, nous sommes passés de Chateaubriand à Amélie Nothomb, d’Eugénie Grandet, héroïne d’Honoré de Balzac, à Lauren Kline, personnage de Marc Lévy, du salon de Germaine de Staël au plateau télévisé de Laurent Ruquier, des funérailles nationales offertes à Victor Hugo à l’enterrement dans l’anonymat des derniers grands écrivains et, avec eux, du noble art littéraire.
Guillaume Musso versus Marc Lévy : l’opposition stérile et montée de toutes pièces entre deux écrivains populaires qu’en réalité rien n’oppose est la version moderne des clivages qui ont autrefois secoué la littérature. La querelle des Anciens et des Modernes divisa, autour de Boileau (auteur des Satires) et de Perrault (Contes de ma mère l’Oye), les tenants du retour systématique à l’Antiquité comme période indépassable aux partisans de la nouveauté et des thématiques contemporaines. A la même époque, l’Affaire des Sonnets opposa, par textes interposés, les thuriféraires et les contempteurs de Racine. Plus récemment, l’opposition entre Tolstoï et Dostoïevski fit écrire au génial Georges Steiner : « En demandant à un homme - ou à une femme - s'il préfère Tolstoï ou Dostoïevski, on peut connaître le secret de son cœur ». Les cœurs ne sont désormais enclins à se laisser irriguer par le sang des révoltes, mais par une eau de rose forcément tiède.

vendredi 1 janvier 2016

Du devoir de réarmer moralement les individus

Des droits, encore des droits, toujours des droits, rien que des droits. L’homme moderne sait que leur champ d’application est désormais infini. Le droit à bénéficier d’allocations diverses. Le droit au mariage pour tous et à l’adoption. Le droit opposable au logement. Le droit de jouir sans entraves. Le droit de souiller le drapeau national. Le droit de ne rien faire. A ne plus célébrer qu’eux, au détriment des devoirs, ravalés au rang de vilain mot de la langue de Molière, se crée un déséquilibre sapant les fondements de la société.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, qui avait vu l’homme porter la barbarie à son acmé, la déclaration universelle des Droits de l’Homme, signée en grande pompe dans les couloirs du palais de Chaillot en 1948, symbolisait une avancée heureuse dans le combat intemporel pour la dignité humaine. Elle aura eu pour contrepartie l’entrée progressive dans une ère nouvelle pour l’homme qui allait également signifier son désarmement moral.  Celui-ci a eu pour corolaire l’assistanat généralisé, l’ignorance assumée, l’abandon des rôles sociaux (hommes-femmes, parents-enfants, citoyens…), la culture de l’excuse, le passage de l’immoralisme (et de la transgression plus ou moins tolérée) à l’amoralisme (absence de toute morale), le renversement des normes et des hiérarchies, le rejet de tout référent (nation, famille…) et par dessus tout la déresponsabilisation individuelle et collective.

vendredi 4 décembre 2015

A la recherche d'une civilisation perdue

L’alcool, le sexe et la musique, mais pas n’importe laquelle, celle de Maître Gims et de Rihanna, plutôt que celle de Beethoven et de Brel, telle est la sainte-trinité que l’on nous propose d’opposer au fanatisme, à la barbarie et au terrorisme. Pour vaincre, buvons, baisons et faisons du bruit. Peace and love. Dans leur exercice de catharsis collective, les Européens semblent ignorer que c’est parce qu’ils n’ont pas davantage à mettre dans la balance que celle-ci risque de se figer du côté obscur.

L’analyse pessimiste ne date pas d’hier puisque, dans les années 80 déjà, Pascal Bruckner, dans Le sanglot de l’homme blanc, paraphrasant Rudyard Kipling et son White Man’s Burden, avait dénoncé notre tendance mortifère à l’auto-flagellation. D’autres Cassandre ont pris le relais, avec toujours le même succès populaire, sans pour autant être entendus. Les affreux ont même été rangés dans le camp des « néo-réacs », selon le terme consacré par David Lindenberg dans Le Rappel à l’ordre, datant de 2002.

L’Occident était probablement programmé pour s’auto-détruire à grands coups de contrition, d’amour pour la diversité, en même temps que de haine pour soi, de déni de réalité, de tiers-mondisme, de nivellement par le bas, de médiocrité, de repentance, de relativisme, de malconsommation, de déculturation, autant de symptômes d’un mal identique. L’obsolescence  est désormais une réalité. Le suicide civilisationnel à l’œuvre s’aggrave lorsqu’il est permis de « jouir sans entrave », quand il est interdit d’interdire ou lorsque l’on excuse les larcins en donnant une deuxième, puis une troisième, puis une dixième chance à ceux qui se sont exemptés de respecter le contrat social.