samedi 10 octobre 2026

Les plaisirs honteux de la dictée

Jusque dans les années quatre-vingt-dix, l'entame des journées était régie par un rituel immuable pour les écoliers : aux salutations d’usage suivies des appels au calme succédait la dictée matutinale, torture pour les uns, plaisir inavouable pour les autres. Ainsi sont nées des générations aguerries aux difficultés du français et déflorées au contact des charmes de la langue de Molière.


L'époque n'était déjà plus celle des hussards noirs, selon l'expression de Charles Péguy ; les professeurs ne portaient plus la blouse, mais étaient toujours vêtus avec élégance et sans impudeur. Ils dictaient le texte du jour avec une scansion qui facilitait la clarté et une prosodie qui trahissait la solennité du moment. Les temps n’étaient plus aux coups de règles sur les doigts coupables, mais il n'était pas question que les maîtres récitassent le texte à la façon de Fernandel dans Topaze : "Les moutons étaient en sûreté dans un parc. Des moutons. Mouton-sss (...) Les monton-s étaie-ent. C'est-à-dire qu'il n'y avait pas qu'un mouton".

jeudi 10 septembre 2026

10 septembre 2001, le jour d'avant

Tout a déjà été écrit sur le 11 septembre 2001, sur les jours et sur les années qui ont suivi, jusqu’à aujourd’hui, car plus jamais, depuis cette date qui sonne comme déflagration, le monde ne fut comme avant. Et le monde d’avant, nous disait-on, allait nous entraîner en pente douce vers le triomphe de l’Occident et de son libéralisme. Le conflit des civilisations larvait pourtant et Ben Laden finit par réveiller Clio, muse de l’Histoire, dont on doute aujourd’hui qu’elle puisse retrouver le sommeil.

 

Le 10 septembre donc ressemblait à peu près à ceci pour des jeunes qui, à l’époque, avaient la vingtaine et n’avaient connu ni la Guerre froide, ni les chocs pétroliers et n’avaient pas encore atteint la dizaine au moment de la chute du Mur. Nous nous préparions à entamer une nouvelle année académique et, pour financer nos sorties, nous accomplissions des jobs d’étudiants plus ou moins bien rémunérés. Entre copains, nous nous écharpions à propos de nos clubs de football respectifs, avec la perspective de la journée de Champions League du lendemain. Nous draguions maladroitement en multipliant des sms aux filles que nous convoitions ; parfois, elles nous répondaient, souvent elles ignoraient nos avances. 

lundi 8 juin 2026

Le pape Léon XIV veut « désarmer » l’intelligence artificielle​ : réarmons plutôt l’intelligence humaine

Dans son encyclique Magnifica humanitas, le pape Léon XIV, installé sur le trône de Saint-Pierre depuis plus d’un an, met en garde contre l’intelligence artificielle qu’il invite à « désarmer », sans quoi notre société sombrerait dans une déshumanisation accrue marquée par l’émergence de nouvelles formes d’esclavage. Le Saint-Père est évidemment dans son rôle et dans la continuité historique d’une institution freinant, parfois à raison, parfois à tort, toute forme de progrès. Pourtant, à moins d’un improbable coup d’arrêt planétaire, dont on ignore d’ailleurs par qui il serait décidé ou imposé, et sûrement pas du fait d’une Eglise au pouvoir déclinant, il faudra composer avec l’omniprésence de l’IA. 

 

Bien sûr, il ne fait plus guère de doute que celle-ci transformera l’homme dans ce qui le façonne et le caractérise : son génie autant que sa démesure, sa capacité de mémorisation, sa représentation du monde, ses rapports de domination, ses activités parfois routinières jusqu'au travail qui lui assure les conditions financières de sa survie. Ce défi aux confins de la philosophie et de la vie pratique devrait hanter chacun d'entre nous, peut-être pas autant que la question de la mort ou du temps qui passe, mais nous impose d’être à la hauteur des enjeux, individuellement et collectivement, afin au mieux de façonner la révolution à l'oeuvre ou au pire nous adapter afin au moins de ne pas trop perdre la partie.

lundi 16 février 2026

Faut-il lire encore lire les classiques de la littérature ?

"Faut-il se forcer à lire les classiques ?", s'interrogeait récemment France Inter entre deux tirades idéologiques et quelques chroniques d'humoristes pas vraiment drôles. A la question, il faudrait opposer une affirmation : oui, les grands romans sont essentiels à la tranquillité de nos âmes. Lorsque nous sommes enfants, ils éveillent notre imaginaire ; jeunes adultes, ils accompagnent notre plongée dans le grand monde ; arrivés à maturité, ils nous offrent la sagesse de penser que rien de ce qui est humain n'est jamais totalement binaire ; en fin de vie, ils nous aident, par leur rappel de la beauté et du tragique de l'existence, à appréhender le grand passage.  


J'avoue d'emblée être parfois épuisé par les commentateurs qui parent la littérature d'atours trop présomptueux ; je m'ennuie souvent des émissions littéraires et de leurs péroraisons soporifiques à force d'être trop mielleuses ; je me méfie du verbiage des écrivains actuels sur leur époque et me lasse des poncifs - la "petite musique" de l'un, le "pastoralisme" de l'autre - et des débats répétitifs - "faut-il séparer l'oeuvre de son auteur ?". 

samedi 7 février 2026

JO de Milan-Cortina : une cérémonie d'ouverture devrait toujours ressembler à ça !

Et soudain Laura Pausini est apparue dans le stade milanais de San Siro, belle comme une Italienne, puissante par la voix et l’envoûtante présence, symbole de son pays, dont elle interpréta magistralement l'hymne national comme sans doute jamais personne ne le fit, avant qu'un choeur de femmes ne prît le relais pour achever l'Inno di Mameli au coeur du village alpin de Cortina d’Ampezzo. Pendant ce temps-là, les Corazzieri, cuirassiers italiens, hissèrent le Tricolore avec une solennelle lenteur.

Le temps s'est alors arrêté, le cours tumultueux d’un monde en capilotade aussi. On se mit à frissonner, à avoir la larme au coin de l’œil et à espérer. Canova fut ressuscité en même temps que son œuvre séraphique prenait vie sous nos yeux  ; des colonnes de mannequins mirent la mode à l’honneur dans la ville qui est un de ses berceaux et rendirent par la même occasion hommage à Giorgio Armani, récemment décédé ; Mariah Carey nous fit voler avec sa reprise de Nel blu dipinto di blu de Domenico Modugno ; le ténor Andrea Bocelli interpréta superbement Nessun Dorma, comme le fit Luciano Pavarotti il y a vingt ans lors des Jeux de Turin. L’Harmonie était le thème majeur de la cérémonie, loin du chaos, du désordre, du wokisme.

dimanche 25 janvier 2026

De la culture de masse aux sous-cultures archipellisées, le danger du grand délitement

Jusqu'à il y a peu, chaque génération se construisait, en plus d'une culture générale, des souvenirs communs, mélange d'émissions télévisées, de chefs d'Etat portés au pouvoir avant d’être défaits par les urnes ou renversés par des coups d'Etat, de modes vestimentaires et décoratives, de débats de société, d’exploits sportifs, de succès musicaux sur lesquels se sont formés des couples, de films qui ont bercé les imaginaires et d'événements dont chacun saisissait instantanément la portée historique - se souvenant précisément ce qu'il faisait au moment où ils advinrent.

Dans les années soixante, on vivait sous De Gaulle et sous l'oeil de tante Yvonne, on roulait en DS ou en Simca1000 et, si on était italien, en Fiat500, on s'encanaillait sur les rythmes yé-yé, la Nouvelle Vague déferlait sur le cinéma. Une décennie plus tard, dans les soixante-dix, on se déhanchait sur des airs disco, les poteaux carrés de Glasgow empêchèrent les Verts de décrocher la coupe d'Europe – ce qui ne les empêcha pas de défiler sur les Champs-Elysées -, on connaissait les dimanches sans voiture, on admirait indifféremment Montand et Delon - peu importe leurs couleurs politiques respectives. Les quatre-vingt virent s'effondrer le mur de Berlin dont chacun voulait avoir chez lui un morceau et apportèrent les dernières étincelles de génie avant l'extinction des feux : c'étaient les années Canal, les écrivains qui défilaient chez Pivot, Philippe Starck qui redécorait le monde. Dans la décennie quatre-vingt-dix, on rêvait de vivre ses amitiés comme dans la série Friends, Johnny fêtait ses cinquante ans au Parc des Princes, mais c'est dans une autre arène, au Stade de France, que les Bleus soulevèrent la Coupe du monde sous les yeux de Jacques Chirac, avant de défiler eux aussi, mais triomphants, sur la principale artère parisienne.  

mercredi 2 juillet 2025

Wimbledon, l'élégance à l'anglaise

En plein coeur d'une époque qui pèche trop souvent par défaut d'élégance, Wimbledon est l'un des tout derniers bastions où la tradition résiste à la modernité. A l’écart d'un monde devenu fou, le All England Club, antre de la compétition, est un havre de paix où les balles que l'on s'échange sont jaunes et n'ont d'autre objectif que celui de tuer les illusions de l'adversaire ; rétif à la déconstruction de tous les repères, le tournoi londonien résiste aux progressistes zélés ; comme pour défier le temps qui défile, la quinzaine pose son ancre sur la vie.  

Les tenues blanches tranchent avec les accoutrements criards de l'époque et, dans leurs uniformes immaculés, les joueurs rivalisent d'une classe qu'aucun défilé de mode sans doute n'égalera : a-t-on d'ailleurs jamais vu homme plus élégant que Roger Federer entrant sur le court en costume nivéen ou - pardonnez-moi ce jugement peu dans l'esprit du temps - femme plus belle que Maria Sharapova dans sa robe blanche ? Les rythmes binaires de la musique moderne sont remplacés par le bruit sourd des échanges qui perturbent à peine le flegme des spectateurs. La chaleur pose son dôme en plein coeur d'un été à propos duquel on pense encore naïvement qu'à l'instar de l'enfance ou des moments heureux, il ne terminera jamais. 

samedi 21 septembre 2024

Heureux qui comme Du Bellay repose à Notre-Dame

La nouvelle n’aura été l’objet que de quelques malheureuses lignes sur les sites d’information, plus affairés à esquisser la composition du nouveau gouvernement ou à trouver de nouveaux péchés à ajouter à la liste de l’Abbé Pierre. Après tout, l’époque n’est plus à la célébration du passé, encore moins lorsque celui-ci fut brillant, ni à la culture générale, dont l’acquisition nécessite curiosité et effort. « Joachim qui ? », entendrait-on presque marmonner Sébastien Delogu. Et pourtant, la découverte probable de la tombe de Joachim Du Bellay est un plaisir de fin cultivé. 

Le poète reposait donc depuis presque un demi-millénaire, dans un cercueil fait de plomb, sous la croisée du transept de Notre-Dame, cathédrale qui ne cessera jamais de révéler ses secrets. Pendant quatre siècles, nombre d’hommes d’églises et quelques illustres inconnus y furent enterrés. Avouons qu’il y a repos éternel plus désagréable : malheureux, Richard III, dont le squelette fut retrouvé dans le sous-sol d’un parking de Leicester, dans le centre de la pluvieuse Angleterre ; malheureux aussi les hommes et femmes célèbres enterrés dans des cimetières devenus des lieux touristiques ; malheureux, enfin, la plupart d’entre nous, dont les cendres seront répandues sur les pelouses de crématoriums.

lundi 15 avril 2024

"Oui, mais les impressionnistes..."

Méprisés, vilipendés, humiliés de leur vivant, les impressionnistes ont connu une gloire posthume en inscrivant leurs oeuvres dans le patrimoine artistique français. Tandis qu'une exposition immersive ambitionne, au musée d'Orsay, de reproduire, peu ou prou, l'ambiance de leur première manifestation commune il y a exactement 150 ans, nous ne pouvons passer sous silence que leur génie sert aujourd'hui de caution à tout artiste faisant passer ses vagues inspirations pour de l'art. Tout le monde n'a pourtant pas pour vocation à inscrire son coup de pinceau dans le cheminement des siècles.

Replongeons-nous dans la France de 1874, sa Troisième République encore balbutiante, ses guinguettes où la bonne société venait s'encanailler et ses couleurs chatoyantes. Depuis une dizaine d'années déjà, les "refusés" exposaient leurs tableaux en marge du très officiel Salon qui ouvrait bien des portes à ceux qui eurent l'honneur d'apparaître au catalogue. L'art était en pleine évolution et foisonnait de courants divers : à Barbizon, Corot, Millet et Daubigny peignaient déjà les champs, les forêts et les clochers depuis quelques décennies ; aux Batignolles, quelques artistes, immortalisés par Fantin-Latour, firent évoluer leur art à défaut de vouloir le révolutionner. Ceux-ci exposeront finalement leurs oeuvres boulevard des Capucines, dans l'atelier de Nadar, dont l'art - la photographie - finira aussi par exploser.

samedi 6 avril 2024

ABBA remportait l'Eurovision le 6 avril 74 : une idée de la musicalité de la vie

Bien sûr, il y a l'éternel débat, jamais tranché, afin de déterminer qui, des Beatles ou des Rolling Stones, est le plus grand groupe de tous les temps. Evidemment, il y a eu Queen, sa rhapsodie bohémienne et le destin tragique de Freddie Mercury. Mais aussi Nirvana, dont le chanteur s'est éteint il y a juste trente ans, The Who, AC/DC, Pink Floyd. Et puis ABBA, qui remporta l'Eurovision avec son titre Waterloo, le 6 avril 1974, à Brighton, dans le sud du Royaume-Uni. Il y a cinquante ans. Un demi-siècle, une éternité. 

Les pays représentés lors de la grand-messe annuelle de la chanson figeaient alors les cartes mentales de l'Europe. La Yougoslavie encore unie et toujours sous la férule de Tito, Israël et Monaco étaient conviés au concours. L'Union soviétique n'avait pas encore été démantelée. Les votes, déjà égrenés au compte-gouttes, étaient, moins qu'aujourd'hui, dictés par des raisons géopolitiques, de minorités établies dans les pays voisins ou d'excentricités à la mode. 

samedi 30 mars 2024

Jeux Olympiques : séparons sport et politique

Rien n'est sans doute plus politique que le sport, fors la politique elle-même. Pourtant, rien ne devrait plus échapper à celle-ci que les joutes sportives. Tandis que nous espérons voir briller les Jeux Olympiques par les performances des athlètes, certains entendent déjà s'accaparer la grand-messe quadriennale pour faire avancer leur propre agenda.  

L'histoire regorge de ces épisodes où sport et politique n'ont, pour le meilleur et pour le pire, fait qu'un. Les Jeux, ce moment hors du temps durant lequel la compétition est portée à son acmé, n'ont jamais échappé à la règle : on se souvient du triomphe remarquable de Jesse Owens, en 1936 à Berlin, devant Adolf Hitler, des JO de 1980 à Moscou tenus en l'absence d'athlètes américains et issus de pays... musulmans suite à l'invasion de l'Afghanistan par l'armée soviétique et, une olympiade plus tard, de ceux de Los Angeles boycottés par les Russes qui organisèrent en réaction des Jeux de l'Amitié, du poing levé de Tommie Smith et John Carlos à Mexico ou encore de l'attentat perpétré contre la délégation israélienne lors des Jeux de Munich par l'organisation terroriste Septembre noir.

dimanche 21 janvier 2024

Et si c'était le talent que la gauche reprochait à Sylvain Tesson ?

Six cents personnalités du monde de la culture,  pour la plupart inconnues, y compris pour les gens ayant un attrait pour les arts et la littérature, viennent de signer une tribune dans Libération - forcément - afin de s'opposer au parrainage du Printemps des poètes par Sylvain Tesson. Le tort de l'un des écrivains les plus talentueux de sa génération ? Banaliser l'extrême droite ! 

L'auteur serait donc un réactionnaire, catalogué dans un pamphlet récent aux côtés de deux autres infréquentables, Michel Houellebecq et Yann Moix. Il eut le tort de préfacer une réédition du Camp des Saints, ouvrage visionnaire du regretté Jean Raspail qui, en 1973, prophétisait le débarquement, sur les plages françaises, d'un million de miséreux. Il a beaucoup lu, des auteurs de droite et de gauche ; mais surtout, pour ses contempteurs, il cite Maurice Barrès. Il s'est même un jour rendu à La nouvelle librairie et a discouru sur Radio Courtoisie. N'en jetez plus, la coupe est pleine, débordant de que la gauche intolérante ne voudrait voir.

samedi 13 janvier 2024

Les raisins de la colère, et les vendanges à venir

Je fus initié à la littérature américaine en me plongeant dans les parchemins brumeux de la beat generation, puis dans ceux, plus sinueux encore, des auteurs que l’on qualifiera pudiquement de torturés. Question de tempérament probablement, ni Kerouac accompagné de sa horde, ni Salinger et ses épigones n’avaient réussi à me captiver. Il a fallu que j’emprunte d'autres chemins, qui ont la vie pour espérance et la mort pour risque, pour que je finisse par aimer les écrits parus par-delà l’Atlantique. L’Amérique est une affaire de conquêtes, vers l’ouest le plus souvent. Les raisins de la colère prouve que sa littérature obéit à la même règle.

Avec un style inspiré pour nommer ses romans – y a-t-il plus beau titre que celui-ci ? -, précis autant que poétique pour sublimer les paysages désolés et profondément réaliste pour camper les dialogues, John Steinbeck est, au sens noble du terme, un écrivain populiste. De gauche sans doute, bien qu'on doute qu'il se serait reconnu dans la « cancel culture » qui sert aujourd’hui de programme commun aux progressistes, dont la poussière n’est plus celle de l’effort, mais de la destruction des statues.

samedi 10 juin 2023

Venise, l'art de la vie, le défi de la mort

Je prenais jusqu'alors Venise pour la capitale du romantisme niais et du tourisme de masse, symbolisés par les gondoles, les baisers furtifs et les Aperol-Spritz, jusqu'à ce moment divin où je vis, à l'approche de la ville, les bâtisses affirmer leur caractère et devinai, derrière leurs contours se faisant précis, les canaux et leurs ponts, les cris et les soupirs, les oeuvres d'art et les siècles.

Car Venise est une plongée dans l'histoire. On imagine le monde qu'elle domina du temps de sa splendeur, avant que l'impitoyable ordre économique ne se trouvât d'autres capitales, moins à l'étroit : Anvers, Gênes, Amsterdam, Londres, et, bien plus tard, de l'autre côté de l'Atlantique, les Etats-Unis, avec New York et aujourd'hui la Silicon Valley. Grandeur et décadence d'un monde qui est passé des doges aux capitaines d'industrie de l'informatique, des palais aux open spaces avec tables de ping pong, des sequins aux monnaies virtuelles, des constructions palafittes aux clouds.

lundi 4 juillet 2022

Sandro Botticelli et le thermomètre

Des activistes climatiques s'en sont pris, le week-end dernier, à un tableau majeur de la peinture italienne, Le printemps de Sandro Botticelli,  allégorie de l'identité européenne, car renvoyant tant aux mythes gréco-romains qu'à la religion chrétienne. Avant eux, d'autres engagés enragés, anglais ceux-là, avaient multiplié les attaques ciblées contre ces morceaux d'humanité que sont les oeuvres d'art, en prenant pour cible La Charrette de foin de John Constable ou encore une copie de La Cène. Dernièrement, en France, un militant s'attaqua, en... l'entartant, à la Joconde, d'ordinaire habituée au défilé incessant de touristes en short venus la photographier.

Ces défenseurs de la cause climatique rejouent, souvent sans en être conscients, le clivage ancestral et profondément lié à cet Occident que la plupart d'entre eux honnit entre culture et nature. En délicatesse avec la première, que leurs maîtres d'école ne leur ont pas transmis en raison d'un nivellement par le bas de l'enseignement et qu'ils n'ont pas fait l'effort de s'approprier, ils ont choisi la seconde : après tout, pour citer Goethe, "les hommes déprécient ce qu'ils ne peuvent comprendre". Désormais, non contents de le déprécier, ils l'effacent au nom de la cancel culture (qui, plus encore qu'une culture de l'effacement est un effacement de la culture). Et apposent le mot nature à leur cause qui témoigne davantage de leur dégénérescence que d'un amour pour les charmes bucoliques, les paysages intemporels et les paradis terrestres inexplorés.

vendredi 1 juillet 2022

La vie comme émerveillement

                                    Achevé d’être rédigé à Agrigente, non loin de la Vallée des Temples,
là où par la beauté même il n’existe plus aucun doute que la vie,
si courte et insensée soit-elle, mérite d’être vécue


L’époque est triste, triste par son manichéisme et son moralisme, triste en raison de la disparition des libertés et encore plus par son incapacité à donner à celles-ci un sens qui vaille, triste à force de voir la beauté s’exiler au profit de la laideur qu’exprime l’architecture moderne ou un rond-point surmonté d’une tentative d’œuvre d’art, triste de voir la nature asservie aux lubies de quelques fanatiques, triste à cause de l’exhibition sans honte de la bêtise et de la décadence, triste d’avoir désappris à vivre avec l’idée de la mort, triste comme nos passions dans une société dénuée de sacré, triste de ne plus faire de l’émerveillement permanent une des sources de la vie.

Comment s’étonner, dès lors, que la consommation d’antidépresseurs atteigne, dans nos pays, des records ? Comment ne pas s’inquiéter de n’avoir d’autres horizons que le fil d’actualité de nos réseaux sociaux et le défilement ininterrompu de « stories » identiques ? Comment interpréter le manque de goût pour cette noblesse dont se parent les belles choses et que drapent les beaux mots ?  

mercredi 21 juillet 2021

Le vaccin, en toute liberté

La liberté n'est pas un droit, c'est un devoir, et pas n'importe lequel : celui d'être à la hauteur des enjeux de la société dans laquelle nous vivons.


Me voilà donc vacciné, de mon plein gré.

 

Dans le hall de l'aéroport, qui tient lieu de centre de vaccination pour les habitants des alentours, je mis à profit les quinze minutes d'observation suivant l'injection pour parcourir le fil d'actualité de mes réseaux sociaux, à peine distrait par les manoeuvres d'un avion commercial et le passage plus agréable d'une fille aux jambes filiformes. J'y découvris, comme tous les jours depuis un an, des propos énervés et compulsifs, parfois de bon sens, souvent - loi du genre en de tels lieux virtuels - que j'estime saugrenus. Mais, après tout, je ne m'en suis jamais indigné : la liberté d'expression, c'est en accepter avant tout le principe pour les bretteurs qui pensent différemment sans les accuser de proférer des "fake news", d'être des extrémistes ou de se comporter tels des moutons. 

vendredi 26 février 2021

Renouer avec nos libertés pour en faire quelque chose de plus noble

Nous voilà donc, depuis bientôt un an, quasiment assignés à résidence, cette mise en boîte collective devant nous épargner une autre, plus définitive. Si nous avons accepté de bon gré le confinement initial, tout en maugréant contre l'absence incompréhensible de masques dans un pays développé, nous peinons à nous soumettre aux restrictions actuelles. Tandis que l'on est en droit d'espérer que l'après-covid nous permette de recouvrer nos libertés, toutes nos libertés, nous devons également nous interroger sur le sens à donner à celles-ci, en faisant appel à la philosophie, grande oubliée de l'époque que nous vivons, prompte à vivre selon l'avis monopolistique des "experts".

 

Avec la persistance de la crise sanitaire, deux camps se figent, assénant leurs vérités, sans entre-deux, selon une pensée binaire empêchant de comprendre les subtilités de la loi et de la règle, nous cantonnant dans leur application ou leur rejet stricts sans plus en comprendre l’esprit : il y a, d'un côté, les bons élèves qui docilement suivent les instructions gouvernementales et les recommandations des experts ; de l'autre, les rebelles qui se méfient de la parole publique. Le terrain de jeu, ou de guerre - puisque c'est en celle-ci que nous serions plongés selon les mots infantiles d’un président pour désigner quelque chose de viril -, s’étale le long des fils d’actualité de nos réseaux sociaux où il n'est plus guère de goût pour le débat et la nuance.

jeudi 30 avril 2020

Du soleil par ma fenêtre

A travers les vitres entretenues de mon modeste appartement, les lilas en fleurs me toisent de leurs couleurs vives à défaut de pouvoir m'enivrer de leurs parfums de printemps, la flèche surplombant le clocher de la petite église de quartier émerge des arbres dont la crinière verte s'agite à tous les vents, la route est désengorgée de sa noria habituelle de véhicules et les rideaux tirés du voisin couvrent son intérieur d'un voile pudique.

 

L'horizon de mon confinement ne laisse entrevoir aucune trace de cette guerre annoncée sur tous les tons. Aucun obus ne vient déchirer nos tympans et nos habitations ; le coronavirus ne porte pas d’armes et le covid-19, portant pourtant un nom de bombardier, ne lâche aucune bombe ; pas un soldat n’est venu frapper à nos portes afin d'emmener un proche ou vérifier que nous ne cachions quelqu’un ; il n’y a ni tranchées, ni boyaux, ni lignes de combat ; et il n'y aura guère de monuments aux morts sur les places de nos villages. Laisser accroire que nous serions empêtrés dans un conflit sanglant n'est qu'un effet de langage permettant à nos chefs de gouvernement de se hisser au rang de chefs de guerre et, nous, plus modestement, de jouer aux résistants de pacotille.

vendredi 17 janvier 2020

Au nom de nos églises


Nos églises se vident et se meurent sous le regard indifférent des foules plongées dans le fracas de la vie sans plus prendre le temps de la contemplation et du recueillement. Elles sont en péril et pourtant si essentielles au cœur de nos paysages qu’elles couvrent de leur manteau rappelant le cheminement commun des siècles. L’urgence est aujourd’hui de sauver ces joyaux historiques et de leur redonner lustre et grandeur.

Je ne suis pourtant pas croyant.